La situation des sans papiers nous renvoie aux temps honteux du colonialisme. La mondialisation capitaliste est aussi l’époque de l’humiliation et de l’exploitation des plus pauvres
Les colons d’aujourd’hui n’ont plus besoin de se déplacer. En Europe, on fait de la « colonisation à domicile ». Le refus de régulariser les sans papiers n’a pas d’autre but que de maintenir le plus grand nombre de travailleurs immigrés dans une situation de non droit et de précarité pour mieux les exploiter. Le refus de régulariser n’a pas pour but « l’immigration zéro » chère à l’extrême-droite lepéniste. Au contraire : « il ne serait pas absurde d’inverser les flux migratoires » a déclaré en juillet 1999 le délégué général de l’Union des industries métallurgiques et minières (UIMM). Dans le secteur des travaux publics, le langage est plus brutal : on parle des immigrés comme de vulgaires marchandises. « Les dossiers du Monde » citent Jean-Louis Giral, ancien haut dirigeant patronal qui parle de « la nécessité de renouveler le stock de la main d’œuvre étrangère ». D’après Le Monde, « plusieurs dirigeants des PME du bâtiment et des travaux publics BTP disent sans fard leur volonté de troquer une population immigrée vieillissante contre de jeunes recrues ».
Des experts proches du gouvernement envisagent des accords pluriannuels avec les États d’origines « à condition que le travailleur retourne chez lui à l’expiration de son permis de séjour ». Pour tous les immigrés, avec ou sans papiers, la discrimination, les contrôles, la chasse au faciès resteront en vigueur. Pour les sans papiers, ce sera encore et toujours la clandestinité et la surexploitation dans tous les secteurs d’activité, métallurgie, bâtiment, restauration, marchés, entreprises sous-traitantes de toutes sortes et même dans le secteur de l’éducation et la santé ! L’association « Droits Devant ! » a raison de dénoncer les « négriers du troisième millénaire ». Tous les travailleurs doivent en prendre conscience : la discrimination et le maintien des immigrés au rang de sous-citoyens divisent gravement le camp des travailleurs face au patronat.
Français et immigrés, à travail égal, salaire et droits égaux pour tous !
Le succès de la manifestation du collectif des sans papiers de Rouen le samedi 29 septembre nous réjouit. L’attitude de la préfecture de Seine-Maritime est choquante. Saïd, un de nos camarades du collectif, souffrant de graves problèmes de santé, a été expulsé vers l’Algérie le 12 septembre. Il a été reconduit dans un état qui ne respecte pas la dignité de la personne humaine. Ses vêtements étaient souillés de sang et il n’a même pas pu emporter ses affaires personnelles.
Le gouvernement Jospin aura à répondre de cela comme de tous ses reniements successifs. Une centaine d’intellectuels et artistes ont lancé un nouvel appel à la régularisation de tous les sans papiers. Ils participent à un « tour de France des sans papiers ». Nous devons tout faire pour que ce tour soit gagné !
Article issu de l’ART (Association pour le Rassemblement des Travailleurs) – Rouen – octobre 2001.
|