j’y ai toujours vécu avec mes parents et ma sœur jumelle. J’appartiens à l’ethnie Ibo et plus particulièrement à la famille des Osu qui sont des esclaves religieux. Mon père travaillait dans les forêts d’hévéas, au service du chef du village. Ce chef, de la famille des Amadu a tout pouvoir sur les habitants du village et tout particulièrement sur les Osu qui sont réduits à l’esclavage.
En 1996, ma sœur, âgée de 23 ans, devait se marier avec un musulman. Elle a été excisée, par force, malgré son refus. On l’a anesthésiée et elle est décédée.
En février 2000, le chef du village a envoyé chez moi un de ses esclaves pour exiger de ma mère que je sois excisée et que je l’épouse. Le date du mariage était fixée pour le mois de juin.
J’ai alors décidé de m’enfuir et de gagner la ville de Wari où j’ai demandé la protection de la police. Le chef du village, prévenu de ma fuite, a soudoyé la police et on m’a ramené de force au village.
Enfermée pendant 10 jours, j’ai déclaré que j’acceptais le mariage et j’ai été libérée. Une des épouses du chef du village m’a appris que j’allais prochainement être excisée et de nouveau j’ai pris la décision de m’enfuir.
J’ai gagné Wari et, arrivée au port, j’ai repéré un cargo en partance et je me suis introduite dans les cales. Deux jours plus tard, les marins m’ont découverte et m’ont donné à boire et à manger. Il y avait une autre femme réfugiée dans le bateau. L’équipage nous a bien traitées et a parfaitement compris les raisons de notre fuite. J’ai appris que le bateau transportait du bois à destination de la France.
Débarquée au Havre, j’ai pu gagner Rouen où je me suis adressée à des associations humanitaires dont la Ligue des Droits de l’Homme. Je suis hébergée dans un foyer et j’ai demandé à l’OFPRA le statut de réfugiée.
Si je retourne dans mon pays c’est la mort qui m’attend. Je ne peux avoir d’appui d’aucune autorité. La police est aux mains des Amadu qui tiennent en esclavage une partie de la population. Il m’est impossible d’avoir la moindre protection contre les pratiques de l’excision et du mariage forcés. Je n’ai aucune nouvelle de ma famille depuis mon départ.
J’attends la réponse de l’OFPRA. Je sais que cet organisme demande des preuves de ce que nous déclarons. Je n’en ai aucune et d’ailleurs comment pourrais-je en avoir ? Il n’est même pas certain que les organisations humanitaires qui travaillent au Nigéria puissent se rendre dans la région des Ibos qui reste indépendante du pouvoir central.
Il faudrait aussi que les violences, les mutilations, les contraintes que subissent les femmes dans toutes les régions du monde puissent être reconnues comme des raisons suffisantes pour demander l’asile, au même titre que la torture, la détention arbitraire ou l’esclavage. L’excision est une pratique qui touche des millions de femmes en Afrique, elle peut-être mortelle (ma sœur en est morte à l’âge de 23 ans), laisse des femmes invalides à vie, rend d’autres stériles et en tout cas laisse un traumatisme et une souffrance physique et psychologique de chaque instant dans la vie de toute les femmes qui l’ont subie. Le mariage forcé est une forme d’esclavage puisque bien souvent la femme qui refuse ce mariage ne peut trouver de refuge que dans la fuite sans pouvoir compter sur l’aide de personne »
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